Abdoullakh Anzorov s’est-il ouvertement confié sur son projet de décapiter Samuel Paty? Cinq jours après le meurtre barbare d’un professeur d’histoire et de géographie de 47 ans devant son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), les enquêtes confirment que le terroriste de 18 ans avait parlé de la victime avec plusieurs personnes proches de l’usine. . La question est maintenant de savoir s’ils étaient conscients que leurs échanges aideraient le jeune jihadiste à tuer le professeur ou s’ils étaient désintéressés.

Dans ce contexte, le parquet national de lutte contre le terrorisme (PNAT) doit décider mercredi du sort juridique des dix suspects toujours en garde à vue à la sous-direction de la lutte contre le terrorisme (SDAT) et à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI): un proche étudiant de Conflans , cinq étudiants universitaires, un activiste islamiste et trois amis du tueur. S’il est déterminé que certains ne peuvent ignorer le plan fatal d’Abdullkah Anzorov, ils risquent d’être inculpés de “complicité de meurtre terroriste” ou “d’association criminelle terroriste”. Six autres personnes – dont quatre de la famille Anzorov – ont été libérées mardi soir.

PODCAST. Un professeur tué pour avoir fait son travail: point sur le meurtre de Samuel Paty

Parmi les suspects encore entendus se trouve Brahim C., père d’un élève du collège Conflans-Saint-Honorine. C’est lui qui a déclenché la polémique autour du cours sur la liberté d’expression tenu par Samuel Paty en postant des vidéos sur les réseaux sociaux où il a crié à l’enseignant. Cet Algérien de 48 ans a reproché à la victime d’avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves de 4e année. Sa fille a assisté à l’un des cours de Samuel Paty mais n’était pas présente au célèbre cours d’éducation civique.

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Messages faisant allusion aux dessins animés

Des enquêtes téléphoniques ont révélé des échanges entre Brahim C. et Abdoullakh Anzorov sur la messagerie WhatsApp dans les jours qui ont précédé l’attaque, comme l’ont révélé nos collègues de BFMTV. Le terroriste aurait contacté le père de famille via son numéro de téléphone divulgué publiquement dans ses vidéos d’appels à la mobilisation contre l’enseignant. Selon nos informations, les messages échangés font allusion aux caricatures et aux controverses entourant le cours mais pas explicitement à un projet d’action violente contre Samuel Paty.

“Il y a aussi des messages chiffrés non lus qui sont exploités”, a confié mardi soir une source proche de l’enquête. Même les appels ont été mis au jour sans connaître leur contenu. En garde à vue, Brahim C. a déclaré qu’il regrettait que ses vidéos aient pu conduire à la mort de l’enseignant et a assuré qu’il n’était pas au courant des intentions d’Abdoullakh Anzorov. Rejetant toute adhésion à l’islam radical, il a également déclaré avoir reçu de nombreux appels depuis le début de la polémique sans pouvoir identifier tous ses interlocuteurs.

Brahim C. le parent d’un élève en détention. Il a participé à la première vidéo pour demander le licenciement de l’enseignant. / DR

Abdelhakim Sefrioui, un activiste islamiste très actif, était également toujours en garde à vue mardi soir. A ce stade, la police n’a découvert aucun échange direct entre ce Français d’origine marocaine de 61 ans et le terroriste tchétchène. Devant les enquêteurs, ce militant pro-palestinien a contesté toute responsabilité dans l’attaque, expliquant qu’il avait seulement demandé que le professeur soit exclu. Mais ce militant influent, visé par l’intelligence territoriale de l’Essonne et la DGSI depuis dix ans, était intervenu dans la polémique sur Samuel Paty. Il lui avait donné une réponse très large en postant des vidéos sur YouTube à son tour dénigrant le professeur, qu’il qualifiait de “délinquant”, et menaçant de soulever la communauté musulmane contre le collège de Conflans.

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La justice a cherché à déterminer mardi soir si ces appels à la haine pouvaient conduire à des poursuites pénales pour terrorisme ou s’ils relevaient de la common law. Sans attendre de réponse, le président Emmanuel Macron a annoncé la dissolution du collectif Cheikh Yassine, présidé par Abdelhakim Sefrioui et nommé en hommage au fondateur du Hamas, car il était “directement impliqué dans l’attaque”. Le Premier ministre Jean Castex a également déclaré qu’il envisageait de créer … un crime de mise en danger de la vie d’autrui à partir des réseaux sociaux, établissant ainsi un parallèle direct entre les vidéos haineuses de Sefrioui et le meurtre du professeur.

“Certains écoliers ne pouvaient pas ignorer que quelque chose de très grave se passait”

Parmi les dix détenus policiers, cinq étudiants universitaires de Conflans-Sainte-Honorine étaient également toujours en cours d’audition. Le jour de l’attaque, Abdoullakh Anzorov avait offert à deux reprises 150 euros à un enfant de moins de 14 ans, alors Samuel Paty l’a nommé à la fin du cours. Cet étudiant, qui a de nouveau été arrêté mardi après une première interruption de la garde à vue, a expliqué qu’il partageait l’argent du djihadiste avec quatre autres camarades en échange d’informations sur la victime.

Beaucoup de ces étudiants universitaires, qui ont passé l’après-midi avec le terroriste, pourraient être poursuivis malgré leur jeune âge. “Certains ne pouvaient ignorer que quelque chose de très sérieux se préparait pour le professeur”, estime un proche de l’enquête. Le sujet des caricatures aurait été discuté en particulier, mais on ne sait pas si le terroriste avait exprimé son désir de décapiter le maître.

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Enfin, le rôle de trois amis tchétchènes des questions terroristes. Deux d’entre eux avaient accompagné Abdoullakh Anzorov à Rouen (Seine-Maritime) à sa demande la veille de l’attaque. Le jeune homme aurait profité de cette excursion pour acquérir l’un des poignards trouvés sur sa dépouille dans un magasin. L’un des suspects l’avait également chassé de Normandie vers la région parisienne le jour du drame. Cependant, tous affirment qu’ils ignorent les intentions meurtrières de leur ami.