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Lancée début octobre, la plateforme de séries gratuites d’Arte.tv est une autre façon de consommer du contenu en ligne. Quelles sont les séries les plus importantes à y découvrir? Quelles sont ses ambitions? Faisons un contrôle.

Le 3 octobre, Arte s’est lancé dans un projet qui se heurte aux pratiques habituelles de VOD: une plateforme proposant des séries majoritairement invisibles en France, entièrement disponibles gratuitement. Près de 100 heures de contenus soigneusement choisis par la chaîne franco-allemande pour compléter son offre déjà riche en rediffusions.

Comme nous l’avons lu ici et là, l’idée n’est pas vraiment de “rivaliser avec Netflix”. Les moyens ne sont pas les mêmes, pour le moment il n’y a qu’une demi-douzaine de séries disponibles sur le service, et on ne parle pas vraiment de grosses productions comme Choses étranges ou Le mandalorien. On regarde plutôt les productions européennes, souvent modestes, mais plutôt bien accueillies par la critique. Selon Alexandre Piel, directeur adjoint de la fiction chez Arte France, l’ambition de la chaîne est la même que celle qui régit habituellement sa ligne éditoriale “,écartez vous“.

La fierté de la série britannique

Face à des offres surabondantes où une série en remplace très vite une autre, nous choisissons de consacrer du temps à des contenus sélectionnés et d’éditorialiser les choses“, explique-t-il. Cela se traduit, par exemple, par l’utilisation de ce que la chaîne appelle des” boîtes à outils “, qui doivent guider le spectateur dans sa découverte des contenus proposés.

Pour le moment, deux catégories de ce type sont prévues. Le premier, “Offbeat British”, rassemble les fictions britanniques et leur ton unique, qu’il soit drôle, délirant ou dramatique. Le deuxième “Return to the Originals” devrait arriver un peu plus tard et rassemblera la série qui a inspiré les poids lourds de l’industrie. Un seul d’entre eux est actuellement en ligne, Nous ne sommes pas morts, Thriller israélien qui a servi de modèle américain Patrie. Il devrait être rejoint en 2021 par les versions originales de Château de cartes (UK) et vous Tunnel (Le pont, Danemark).

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La section "Offset britannique" a déjà 5 ensembles.

La section “British Décalé” compte déjà 5 séries.

Pour le reste, Arte a déjà “deux thèmes“plus en tête, mais nous n’en saurons pas encore plus.”Nous avons déjà plus de contenu en vue mais cela prend du temps, explique Alexandre Piel. La plupart des séries disponibles n’ont pas de versions multilingues, nous devons donc prendre en charge les sous-titres.«Sur le long terme, la chaîne vise également à« donner une nouvelle visibilité aux séries qui ont distingué la branche Art, comme par exemple La tuerie ou Ansi soit eux par exemple.”

S’adapter aux nouveaux modes de consommation

Cette nouvelle offre est le fruit d’une réflexion amorcée lors de l’explosion des plateformes SVOD. “Nous voulions corriger une injustice. Nous avons des volumes limités pour la fiction en prime, mais nous voyons passer beaucoup de pépites, que nous ne pouvons en fait pas transmettre. “Accessible en ligne mais aussi via une application mobile ou sur Smart TV, cette plateforme était aussi une opportunité pour”se libérer des formats et des attentes, tant dans la durée des épisodes, dans le nombre de saisons ou dans le ton des œuvres en question», poursuit le directeur adjoint.

L’objectif est également pour Arte de faire un véritable pas en avant dans la relation avec le public. Pas d’ambition chiffrée dans le programme, mais une volonté de se mettre en adéquation avec les pratiques modernes du monde audiovisuel. “Ce que nous observons, c’est qu’il y a un changement dans les habitudes des spectateurs, analyse Alexandre Piel. Aujourd’hui même la tranche d’âge des 40-50 ans a de plus en plus le reflet d’aller voir ce qui est disponible sur les différentes plateformes plutôt que d’allumer la télévision. Il y a 5 ans, c’était le contraire. Nous souhaitons également élargir notre audience en attirant des téléspectateurs moins familiers avec Arte mais attirés par nos contenus et accompagner nos clients réguliers en rayon vers ces nouveaux modes de consommation.. “

Une stratégie qu’il sera intéressant de comparer avec celle de Salto, la plateforme lancée conjointement par TF1, France Télévisions et M6, qui débarquera la semaine prochaine.

Irlande, paranoïa et Harry Potter

Mais en attendant, quelles sont les séries à dévorer en priorité sur la plateforme Arte? Pour être honnête, nous n’étions pas au courant d’une grande partie du contenu actuellement proposé ou annoncé. C’est pourquoi nous sommes allés en discuter avec Alexandre Büyükodabas, critique de la série Les Inrockuptibles, qui nous propose sa petite sélection personnelle.

Intérieur N ° 9, de Reece Shearsmith et Steve Pemberton (Royaume-Uni)

L’idée : Une série d’anthologies très populaire au Royaume-Uni mais jamais diffusée en France auparavant, où chaque épisode se déroule dans un décor marqué du numéro neuf: compartiment 9 d’un train, numéro 9 d’une rue, neuvième étage d’un immeuble …

Opinion du critique : “On trouve dans Inside N ° 9 quelque chose Quatrième dimension ou de Miroir noir, sans le côté futuriste mais avec des pièges et des retournements narratifs qui se dévoilent petit à petit et qui vous font ne jamais vraiment savoir où vous mettez les pieds. C’est souvent cruel et cynique, plein d’humour noir, parfois burlesque, bref, c’est très britannique.

Intérieur N ° 9 © FR_tmdb

Vertus, de Shane Meadows (Royaume-Uni)

L’idée : L’histoire d’un homme alcoolique qui vacille complètement après avoir perdu la garde de son fils, parti vivre avec sa mère en Australie. Il tentera de retracer les traces de son passé traumatisant en Irlande, en retrouvant une famille avec laquelle il avait rompu les liens.

Opinion du critique : “Nous sommes sur le réalisme social anglais à la Ken Loach ou Mike Leigh, quelque chose de très dérangeant, naturaliste. C’est une série qui n’épargne pas beaucoup le spectateur. On prévoit le personnage principal couvert de vomi, de bave, de morve coulant de son nez … cela peut être un peu intimidant par moments, mais en même temps, depuis son retour en Irlande, la série évoque en sous-texte toutes les blessures du pays, la guerre civile, la prise de la religion catholique, la pauvreté … Tout cela d’une manière, pour une fois, très subtile. De plus, l’acteur Stephen Graham s’y déplace vraiment.

Stephen Graham brille dans Les vertus. © FR_tmdb

Stephen Graham brille dans Les vertus. © FR_tmdb

Cahier d’un jeune médecin, par Mark Chappel, Shaun Pye et Alan Connor, d’après le travail de Mikhaïl Bulgakov (Royaume-Uni)

L’idée : En 1934, un médecin russe a relu le journal qu’il tenait en 1917, au début de sa carrière. De ses souvenirs d’un jeune médecin qui est allé soigner des paysans pauvres au fond du village, un dialogue s’établira entre ces deux versions de lui-même.

Opinion du critique : “Le duo d’acteurs de Jon Hamm et Daniel Radcliffe fonctionne très bien, on a vraiment l’impression de voir Don Draper (Mad Men) et Harry Potter parler ensemble. C’est ouvertement kitsch, avec des décorations en carton d’un hôpital perdu dans les profondeurs de la Russie dans les années 1910, des tempêtes de neige, des portes qui grincent, des patients buvant de la vodka … C’est un peu absurde, mais ça ne prend pas sérieusement et assez réussi.

Jon Hamm et Daniel Radcliffe dans le carnet d'un jeune médecin. © Sky Arts

Jon Hamm et Daniel Radcliffe dans le carnet d’un jeune médecin. © Sky Arts

Nous ne sommes pas morts, par Gideon Raff (Israël)

L’idée : L’histoire de trois soldats israéliens libérés par le Hamas après 7 ans d’emprisonnement. Une fois réunis avec leurs familles, certains sont immédiatement soupçonnés d’avoir changé d’équipe.

Opinion du critique : “C’est la série qui a inspiré les deux ou trois premières saisons de Patrie. Mais là où ce dernier est plus basé sur l’efficacité, dans un style thriller d’espionnage paranoïaque, Hatufim se place beaucoup plus du côté psychologique, du côté du drame intime et familier. Il a beaucoup de succès, et outre Gideon Raff, le créateur de la série, il est l’un des grands auteurs de la production israélienne contemporaine, un pays très dynamique dans le domaine.

Hatufim est la série qui a inspiré Homeland. © Ronen Akerman / Showtime

Nous ne sommes pas morts est la série qui a inspiré Patrie. © Ronen Akerman / Showtime

Justice criminelle, par Peter Moffat (UK), sur la plateforme en décembre

L’idée : L’histoire d’un jeune homme calme et un peu timide qui rencontre une fille un soir. Ils boivent, ils dorment ensemble, ils s’endorment et le lendemain matin, elle est morte, couverte de sang, et il a ses empreintes absolument partout. Il est arrêté et capturé dans une machine judiciaire impitoyable pour un meurtre qu’il n’a apparemment pas commis.

Opinion du critique : “Il s’agit d’une série créée par Peter Moffat, le spécialiste des dramatiques légistes de la télévision britannique. Comme Homeland, elle a également eu droit à son remake américain, The Night Of, qui a également eu un énorme succès. Nous nous immergeons dans les rebondissements de cette machine judiciaire tout en conservant le point de vue du protagoniste. C’est implacable, c’est difficile et on voit tous les aspects déshumanisants de la justice, de l’interrogatoire à la prison. Et puis c’est une série qui dit quelque chose sur la relation entre la justice et la fiction. Les avocats n’arrêtent pas de dire que nous ne nous soucions pas de la vérité et racontent simplement la meilleure histoire possible au jury.

Ben Whishaw (à droite) joue à la justice pénale. © BBC (British Broadcasting Corporation)

Ben Whishaw (à droite) joue Justice criminelle. © BBC (British Broadcasting Corporation)