Ils ont le verbe flamboyant, la certitude de savoir. Ils font jouer des adversaires indignés sur les chaînes d’information en continu et font sensation sur les réseaux sociaux, qu’ils surnomment «rassurer». Ils s’appellent Didier Raoult, Christian Perronne, Jean-François Toussaint, Laurent Toubiana. Je suis microbiologiste, spécialiste des maladies infectieuses, professeur de physiologie ou épidémiologiste. La renommée de Pr Raoult, directeur de l’IHU de Marseille et fervent promoteur de l’hydroxychloroquine, est mondial. Tout le monde est chargé de diplômes. Qu’est-ce qu’ils ont en commun? Une lecture de la situation sanitaire par opposition à celle de leurs pairs: l’épidémie est en fin de course, le virus moins dangereux et les obstacles à la vie sociale des habitants des villes décrétés ces dernières semaines par le gouvernement, inutilement liberticides.

Ils défendent fermement cette thèse, quitte à ignorer la recherche internationale qui les contredit, à minimiser la menace pour la population ou à interpréter les données de santé à leur manière. Pendant longtemps en toute impunité, l’incertitude entourant le comportement du virus a poussé la plupart de leurs homologues à se modérer.

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“Nous sommes à saturation”

«Il y a une tendance en France qui va au-delà de la médecine, c’est l’hyperrélativisme, souligne Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris. Ces discours en sont une variante. Pas étonnant que nous essayions de rassurer la population. En revanche, je suis émerveillé par des observations péremptoires, empreintes de certitudes. Quand on est scientifique, quand on a la légitimité de s’exprimer et d’être entendu, il faut être extrêmement prudent. ” Avec le retour des patients Covid dans les hôpitaux cet automne, le débat entre les assureurs et les agents de terrain s’est transformé en guerre ouverte.

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Accusé par le P.r Raoult le 24 septembre de “Prendre la responsabilité des mesures déraisonnables prises contre Marseille par le ministre de la Santé” en raison d’un trop grand nombre de messages “Alarmistes”, 19 chefs de service AP-HM ont réagi. Dans un forum difficile où ils se souviennent que l’IHU n’a pas “Pas de centre de réanimation”, ils martèlent que leur rôle “Il ne s’agit pas d’être” alarmiste “ou de commenter, mais de traiter les patients, de planifier calmement une réponse adéquate aux besoins de santé de la population […] affrontez cette seconde vague. “

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C’est que les discours «déconnectés», l’hôpital ne peut plus en prendre. Secoués par la première vague de l’épidémie, en sous-effectif chronique, les hôpitaux de campagne adhèrent pleinement aux restrictions sociales décidées par le gouvernement. Et ce même si nous sommes encore loin du désastre sanitaire du printemps. «Actuellement, plus de 30% des places en USI d’Ile-de-France sont occupées par des patients Covid couchés sur le ventre avec une sonde dans le nez. précise le P.r Renaud Piarroux, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière. C’est moins qu’en mars, mais c’est déjà très élevé pour nos hôpitaux qui ont tous les autres patients à traiter. Il y a 300 à 400 décès de Covid par semaine en France, ce n’est pas un détail ».

Pour les professionnels hospitaliers, la question de santé publique va au-delà de Covid. Alexandre Bleibtreu, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière, explique: «Aujourd’hui, nous devons prendre soin des patients atteints de Covid et d’autres personnes pour nous assurer que des lits de réanimation sont disponibles pour tous. Cependant, lorsque nous consacrons 20% des ressources hospitalières à Covid, nous sommes au point de saturation ». Les soignants sont donc contraints de sélectionner les patients atteints de Covid et des autres pathologies traitées … «Si nous avions un nombre infini de lits disponibles pour la médecine, l’USI et l’USI, nous n’aurions pas besoin de forcer la population. Ce n’est pas le cas”, soupire le P.r Juvin.

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“Le mot est gratuit”

Au vu du contexte tendu, l’exaspération s’élève contre les marchands d’espoir bon marché. “Ils me font très peur, explique Stéphane Gaudry, réanimateur à Avicenne (Bobigny). Si ces personnes parviennent à unir une partie de la population, débordée par les restrictions, il pourrait y avoir un véritable tollé contre les mesures de barrière et ce serait très dangereux. Les gens pourraient enlever leurs masques, refuser de fermer les barreaux … Là, on se retrouverait dans une situation ingérable, on n’aurait plus rien pour amortir le choc dans les hôpitaux. “ Dans la cacophonie, les demandes de responsabilité comportementale sont moins susceptibles d’être soutenues. «Lorsqu’ils entendent cinq scientifiques dire cinq choses différentes, les gens ne comprennent plus rien et ne font plus confiance à personne», estime le Dr Bleibtreu.

La vice-présidente du Comité consultatif national d’éthique, Karine Lefeuvre admet: «Nous sommes dans un pays où la parole est gratuite. Lorsque le débat scientifique introduit un doute, il risque de remettre en cause la solidarité collective nécessaire pour préserver la santé, d’abord une marchandise, qui pose problème ». Cependant, il plaide pour la pacification; «Lorsque les médecins racontent ce qu’ils vivent quotidiennement dans les hôpitaux, cela aide à mettre des expressions trop déconnectées. La recherche internationale contribue également à contrebalancer. Nous sommes dans un moment de forte tension entre liberté individuelle et responsabilité collective. La politique est dans son rôle lorsqu’elle impose des restrictions pour limiter le risque sanitaire “. Mais Karine Lefeuvre le juge nécessaire “Veiller à ce que le lien soit proportionné, limité dans le temps et accompagné d’informations les plus claires possible afin de ne pas créer un écart profond entre la population et le monde de la santé”.

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Nathalie Raulin

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Anaïs Moran