La clé de la collaboration en matière de prévention des catastrophes, selon un expert européen de la protection civile – EURACTIV.fr

Pour le capitaine Laurent Alfonso, expert de la protection civile européenne, le réchauffement climatique nous oblige à être « prêts à intervenir partout, à tout moment et pour tout type de calamité ».

Lire l’interview originale en français ici.

Le Capitaine Laurent Alfonso, Officier des sapeurs-pompiers, Chargé des affaires européennes à la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, Mission des relations européennes et internationales et Expert national de la protection civile détaché auprès de l’Union pour la Méditerranée, s’est confié à EURACTIV France.

Le mécanisme de protection civile de l’UE a été activé plus de 600 fois par les États membres de l’UE et six autres partenaires. Son objectif est de permettre à un pays d’aider un autre face à une catastrophe naturelle ou technologique. L’UE a renforcé ce dispositif avec un protocole complémentaire spécifique, RescEU, qui s’est doté d’une flotte de 12 avions Canadair pour lutter contre les feux de forêt, dont la France a fait usage cet été.

Cinq pays différents ont activé le mécanisme de protection civile de l’UE à neuf reprises cet été. Peut-on dire que l’UE a répondu aux incendies qui ont déjà brûlé 700 000 hectares de forêt ?

Absolument. Le mécanisme de protection civile a su répondre aux attentes des différents pays qui l’ont activé, même si la saison des incendies de forêt n’est pas encore terminée.

Grâce aux expériences passées, nous pouvons désormais avoir une visibilité sur le niveau de risque de chaque pays, anticiper les besoins à tout moment et garantir la disponibilité des moyens d’intervention. Tout cela se passe deux, trois voire cinq jours à l’avance, grâce à la plateforme européenne EFFIS (European Forest Fire Information Service).

Il peut y avoir des obstacles, surtout lorsque des événements majeurs coïncident. En juillet, l’Italie n’a pas été en mesure d’envoyer immédiatement ses deux Canadairs en France, qui les avait sollicités, en raison d’une forte demande intérieure. Cependant, ceux-ci ont été rapidement remplacés par des avions en provenance de Grèce et de Suède.

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L’objectif de la Commission est de doubler la flotte européenne, rescEU, d’ici 2029, de 12 à 24 avions stationnés au Portugal, en Espagne, en France, en Italie, en Croatie et en Grèce. Mais que fait l’Europe pour prévenir ces incendies ?

RescEU n’est que la dernière étape en termes de réactivité. En amont, des efforts considérables sont déployés pour améliorer les systèmes d’alerte précoce, d’analyse et d’évaluation des risques.

Par exemple, une directive européenne de 2018 imposait aux États de disposer d’un système national d’alerte publique via les téléphones portables. Cela permet d’informer les personnes sur la nature du risque, sa localisation et les bons comportements à adopter. Grâce au GPS Galileo, l’UE pourra bientôt informer et avertir les citoyens européens en leur envoyant des SMS par satellite.

La prévention est d’autant plus importante que le risque d’incendie de forêt s’étend au nord et à l’est de l’Europe. La Slovénie et la République tchèque ont toutes deux activé le mécanisme cet été. La protection civile doit être introduite dans les foyers européens et chacun doit contribuer à rendre nos sociétés résilientes.

Comment la protection civile doit-elle s’adapter au réchauffement climatique ?

Nous comprenons que la nature des risques naturels a changé. Nous devons être prêts à intervenir n’importe quand, n’importe où et dans n’importe quelle urgence. En 2021, des inondations dévastatrices frappent l’Allemagne en juillet, au plus fort de l’été ! Le changement climatique renforce l’aspect aléatoire des catastrophes.

En conséquence, les interventions deviennent plus complexes. Il faut savoir gérer les évacuations et prendre en compte les conséquences sociales et économiques. Cela implique de nombreux services locaux, nationaux et supranationaux. Comment intégrer 360 sapeurs-pompiers européens, comme cela s’est produit en France cet été, dans un dispositif national d’intervention avec les barrières linguistiques et les problèmes d’organisation que cela implique ? La gouvernance de la gestion des risques complexes est un défi que nous devons relever et qui sera sans doute discuté à l’automne.

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Utilisant l’imagerie satellitaire, le Copernicus Emergency Management Service (CEMS) est une véritable réussite européenne. L’Europe peut-elle compter sur le progrès technologique dans le domaine de la protection civile ?

La création d’un réseau de connaissances est actuellement en cours pour relier les secteurs scientifiques et opérationnels de la gestion des risques naturels et technologiques. C’est le but de la Projet NEMAUSUS lancé en 2021 et destiné à créer un centre européen d’expertise sur les incendies de forêt à Nîmes, ville qui accueille la base française de protection civile.

Les experts travaillent sur différents scénarios pour développer la résilience face à des événements climatiques sans précédent. Ils réfléchissent aussi à concevoir des vestes plus fines et plus souples pour les pompiers, des drones capables d’anticiper la propagation du feu et toutes sortes de technologies pour alerter la population.

Les pays du Sud inspirent aussi l’Europe…

Le bassin méditerranéen est un « point chaud », une zone qui se réchauffe plus vite que toute autre, comme le montre la Experts méditerranéens des changements climatiques et environnementaux (MedECC). Les incendies dévastateurs au Maroc et en Algérie cet été en sont la preuve.

Cependant, au fil des ans, ces pays ont adapté et peaufiné leurs protocoles d’intervention, leurs moyens terrestres et aériens et leurs uniformes. Les pompiers savent travailler dans des environnements extrêmement chauds, de 40 à 45 degrés. De plus, ils ont appris à gérer les risques naturels sur l’ensemble de leur territoire. C’est ce que nous devrons développer en Europe.

En tant que bénéficiaires du mécanisme de protection civile de l’UE, les pays du Sud renforcent leurs capacités nationales en s’alignant sur nos normes communes.

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Va-t-on vers une véritable force européenne de protection civile ?

Des développements supplémentaires sont encore possibles pour maximiser le plein potentiel du mécanisme de protection civile de l’Union. Nous pouvons encore développer la capacité de rescEU, ce que fait la Commission en finançant de nouveaux avions. Nous pouvons également aller plus vite dans la mise en œuvre de nos capacités d’intervention en termes de prévention et de préparation.

Cette année, nous avons testé « préposition ». Six États membres – la Bulgarie, la Finlande, la France, l’Allemagne, la Norvège et la Roumanie – ont envoyé plus de 200 pompiers européens en Grèce pour des raisons de sécurité préventive pendant les périodes de vulnérabilité. Cela pourrait être généralisé et systématisé.

Enfin, les États membres peuvent discuter du renforcement des compétences de l’UE en matière de protection civile à l’avenir. Pour le moment, cela reste une compétence nationale. Le débat est lancé. Mais nous avons encore beaucoup de marge de manœuvre en matière de collaboration et de coopération européennes.

La France reçoit l’aide de partenaires de l’UE alors que les incendies font rage

Des équipes de pompiers et du matériel de six pays de l’UE ont commencé à arriver en France jeudi 11 août pour aider à combattre une série d’incendies, dont un incendie féroce dans le sud-ouest aride qui a forcé des milliers de personnes à évacuer.

[Edited by Alice Taylor]

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