Il y a plus de trois mois, Emmanuel Macron a confié à l’épidémiologiste suisse Didier Pittet une mission d’évaluation pour tirer les leçons de la première vague de l’épidémie.

Au lycée, la copie aurait sans aucun doute été marquée d’un «pourrait faire mieux», voire d’un «décevant». Dans ce cas, il s’agit d’un rapport sur la gestion, par l’Etat français, de la première vague de l’épidémie de Covid-19. BFMTV a réussi à s’en emparer et signale «des lacunes évidentes dans l’anticipation, la préparation et la gestion» de la crise sanitaire.

Commandé par Emmanuel Macron le 25 juin dernier par l’infectiologue et épidémiologiste suisse Didier Pittet, il a été rédigé sous la houlette d’une mission indépendante à laquelle ont participé des experts de différents domaines. Parmi ces experts se trouve Laurence Boone, économiste en chef de l’OCDE et ancienne conseillère économique de François Hollande.

Le document arrive à point nommé, la France fait désormais face à une deuxième vague, aussi imprévisible que la première mais à laquelle l’exécutif est censé être mieux préparé. Parmi les objectifs poursuivis par la Présidence de la République, il y a l’idée de voir l’émergence d’erreurs ou de carences de l’Etat pour tirer des leçons pour l’avenir.

Bonne gestion économique

Jugeant que la baisse du PIB français a été «particulièrement forte», comparable à celle «observée au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie», le rapport précise également que la France se trouve «en position intermédiaire en termes de surmortalité. “lié au virus. Loin de ce que les Etats-Unis ou l’Espagne ont vécu, par exemple.

«A ce stade des travaux de la Mission, la gestion des conséquences économiques de la crise sanitaire apparaît satisfaisante. En France comme dans le reste de la zone euro, grâce aux mécanismes d’activité partielle, l’emploi a, jusqu’à présent, bien résisté. l’ampleur du choc sur l’activité économique », lisons-nous plus loin dans le résumé de l’article.

Le rapport indique également que “les annonces de soutien aux entreprises étaient d’une ampleur similaire à celle des autres pays étudiés, en France plus souvent sous forme de prêts et de garanties que de subventions comme en Allemagne”. Si notre voisin de l’autre côté du Rhin a mieux résisté économiquement, c’est aussi parce que «l’intensité» de notre enfermement (sa durée, sa portée, son étendue) a été beaucoup plus cohérente.

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Louant la «forte mobilisation» et la «réactivité» de notre système de santé ainsi que des citoyens dans leur ensemble, les rédacteurs soulignent combien cela rappelle «le bien qui constitue l’existence d’un système de protection sociale fort».

Mauvaise communication

Cependant, la mission évoque l’une des questions sur lesquelles le gouvernement français a probablement été le plus critiqué: sa communication irrégulière et son manque de préparation. Ce deuxième phénomène est attribué par le rapport, il faut le rappeler, “à la baisse progressive du niveau de priorité accordé à la prévention des pandémies au cours de la dernière décennie”.

“La disponibilité des masques a souffert d’hésitations sur leur doctrine d’utilisation et de graves insuffisances de gestion”, lit-on également.

Quant à la capacité de test, qui est devenue l’une des faiblesses de l’État lorsque la deuxième vague est devenue réalité, elle aurait été «initialement retardée dans leur déploiement à grande échelle». Le «line-up grincheux» de la gestion de crise «au niveau interministériel», les relations complexes entre le ministère de la Santé et ses différentes agences, les difficultés de communication entre les agences régionales de santé et les préfectures sont évoqués.

“En fin de compte, la communication gagnerait à être améliorée”, poursuit le rapport. “La confiance a été ébranlée au début de la crise par la polémique sur les masques puis, dans une moindre mesure, les tests. Les changements dans le discours officiel sur leur utilisation l’ont conduit à être perçu comme contradictoire par certaines Populations.”

Par conséquent, le rapport souligne le fait que les autorités, après avoir constaté que les masques étaient inutiles pour les non-assistants, ont généralisé leur utilisation en septembre. Les experts emmenés par Didier Pittet ajoutent qu’il y a eu “un manque d’éducation sur la pertinence des mesures mises en œuvre” et “une communication insuffisamment orientée vers les jeunes”.

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Une relation prise «très au sérieux»

A l’Elysée, nous sommes sûrs de regarder “avec une grande attention cette évaluation, qui est une manière de préparer l’avenir face aux pandémies qui peuvent nous menacer”. La présidence de la République estime que le rapport qui doit être reçu en fin d’année “donnera encore de nombreuses réponses, affinant également les comparaisons au niveau international”. Emmanuel Macron, aurait pris le document “très au sérieux”.

«C’est une source de connaissances essentielle pour savoir prédire les pandémies à venir. Nous allons transmettre ce que nous avons appris à la fin de la crise pour ne plus être dans cette situation», avons-nous déclaré à BFMTV. “Nous savions que des erreurs et des insuffisances seraient signalées. L’idée est justement de les découvrir, pour ne pas les reproduire”.

Par Jules Pecnard et Anne Saurat-Dubois