Les actionnaires français doivent collaborer avec les militants sur les questions ESG

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L’écrivain est co-fondateur du gestionnaire de fortune CIAM

Le monde est reconnaissant à AstraZeneca pour sa contribution à la lutte contre le Covid-19. Mais cela n’a pas empêché ses actionnaires de lui faire saigner le nez en mai lorsqu’on leur a demandé le verdict sur le dernier package salarial du PDG de l’entreprise.

Près de 40 % d’entre eux ont voté contre, ce qui est suffisamment élevé pour que la presse parle de « révolte des investisseurs ». Le conseil d’administration devra réfléchir sérieusement à la possibilité de se retenir d’une telle générosité apparente l’année prochaine.

C’est une situation quelque peu différente pour les entreprises françaises, où les actionnaires peuvent protester avec véhémence contre le salaire du patron et le vote est simplement rejeté par l’entreprise ou présenté comme si tout allait bien.

Prenons l’exemple de Scor, l’assureur dans lequel CIAM est actionnaire. Environ 44% des actionnaires se sont opposés à la rémunération du président-directeur général Denis Kessler lors de la dernière assemblée annuelle. Mais il est peu probable que son conseil d’administration se sente sous la même pression qu’AstraZeneca.

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, aucune entreprise n’est à l’abri de l’attention des investisseurs activistes. Mais en France, et dans de nombreuses autres juridictions d’Europe continentale, l’élite des affaires se sent relativement en sécurité ; les administrateurs de sociétés ouvertes méprisent davantage les militants et les actionnaires impliqués. Trop de membres du conseil sont d’anciens camarades de classe ou appartiennent aux mêmes clubs, et sont donc réticents à se ranger du côté des militants contre leurs amis.

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De telles attitudes aident à expliquer pourquoi les investisseurs activistes commencent tout juste à être pris au sérieux sur le continent et pourquoi les activistes autochtones européens ont un rôle croissant à jouer.

Le meilleur moyen de lutter contre cela est de poursuivre le changement dans les assemblées annuelles : les actionnaires ne doivent pas voter systématiquement en faveur des nominations d’administrateurs.

Quand nous avons couru un campagne à Suez, le service public français, par exemple, suite à la mise en place d’une pilule empoisonnée destinée à empêcher une prise de contrôle par Veolia, nous avons préparé des résolutions pour changer huit des 14 administrateurs afin de faire pression sur l’entreprise pour qu’elle s’engage dans l’offre.

L’isolation des panneaux français commence à s’affaiblir. Selon un rapport de Lazard, la banque d’investissement, sept campagnes militantes ont été lancées en France en 2020. (Pour mettre cela en perspective, il y a eu 82 campagnes aux États-Unis et 21 au Royaume-Uni.)

Le cas récent le plus notable est peut-être celui de Danone, propriétaire de l’eau minérale d’Evian et d’une entreprise qui bénéficiait auparavant du soutien de son gouvernement. Des actionnaires militants l’ont forcée à changer de PDG cette année après une période de contre-performance.

Dans ce cas, le PDG avait été un fervent partisan des questions de durabilité. Mais en général, l’une des raisons pour lesquelles les campagnes militantes sont importantes en Europe sont les préoccupations environnementales, sociales et de gouvernance.

Avec les actionnaires traditionnels uniquement à long terme, il semble parfois y avoir un décalage entre leurs politiques ESG officielles et la façon dont ils votent. Ils peuvent sembler préférer leur relation avec la direction à un soutien constant des meilleures pratiques ESG, en particulier lorsque les performances sont bonnes. Mais nous pensons que l’activisme visant à améliorer le comportement des entreprises vis-à-vis des enjeux ESG améliorera également leur valeur.

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Il est temps que les actionnaires institutionnels comprennent qu’ils sont du même côté que les activistes sur les questions ESG.

Une chose qui pourrait être faite pour améliorer les choses est d’éliminer la loi dite Florange, qui attribue automatiquement un droit de vote double aux actions françaises après deux ans de détention. Cette loi profite de manière disproportionnée aux investisseurs institutionnels traditionnels et de long terme. Alors que Florange l’emporte, il contrecarre les efforts de réforme.

Bien que nous ayons concentré nos efforts ESG principalement sur la gouvernance, nous voyons de plus en plus les facteurs sociaux et environnementaux devenir des catalyseurs de changement.

L’éventail des acteurs qui font pression pour ces choses s’étend au-delà des actionnaires jusqu’aux organisations non gouvernementales. Nous avons exploré l’idée de travailler avec de telles entités pour mettre en évidence les problèmes des entreprises dans lesquelles nous sommes investis. Nous pensons que cela pourrait devenir une norme pour les actionnaires engagés.

Les majors pétrolières ont déjà subi de fortes pressions de la part des ONG pour faire davantage pour changer leurs habitudes en développant des sources d’énergie renouvelables, mais ce n’est qu’un début. Davantage d’entreprises européennes, et pas seulement dans des secteurs diabolisés, sont susceptibles de ressentir les forces du changement. Une alliance d’actionnaires militants et de militants sociaux/environnementaux sera difficile à ignorer pour accueillir les conseils d’administration.

Anne-Sophie d’Andlau a contribué à cet article

Vidéo : Engagement : la nouvelle forme de gouvernance actionnariale

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