Emmanuel Macron contemple le sillon de la dette publique (allégorie). – Lemouton-Pool / SIPA

  • La France financera l’essentiel de ses nouvelles dépenses liées à la crise du coronavirus par l’endettement.
  • A court terme, cette politique ne présente aucun risque financier.
  • Mais cela pourrait entraver la marge de manœuvre de l’État en cas de nouvelle crise.

Cela semble il y a longtemps qu’Emmanuel Macron a promis de mettre fin au déficit public historique de la France et présenter un budget équilibré en 2022. Ouais
gravement endommagé avec l’épisode des «gilets jaunes», la promesse présidentielle a été définitivement pulvérisée par la crise des coronavirus.

Entrer ici couverture partielle du chômage, aide aux secteurs touchés par les catastrophes (tourisme, culture, hôtellerie, etc.), achats de masques et tests, l’Etat a dû sortir le chéquier et aligner les zéros. En plus de ces dépenses d’urgence, l’exécutif a également puisé en début d’année scolaire
un plan de relance de 100 milliards d’euros pour soutenir l’économie à long terme. Fin septembre, le gouvernement a finalement présenté le projet de loi: le déficit public devrait atteindre 10% cette année, puis 6,7% en 2021. Et là encore, il faudra ajouter un milliard d’euros de nouvelles dépenses.
relative au couvre-feu qui entrera en vigueur ce week-end.

Dette envers le gouvernement

Pour financer sa politique, l’Etat a traditionnellement trois solutions à sa disposition: augmenter les impôts, réduire les dépenses ou contracter des emprunts qui se traduisent par la création de dette publique. Option n ° 1 a été rejeté plusieurs fois par Emmanuel Macron: pas question, par exemple, de rétablir l’impôt sur la fortune, même si l’efficacité économique de sa suppression
c’est largement discuté. L’option 2 a également été exclue de facto, l’État ayant annoncé le renforcement de plusieurs administrations (police, justice) en renonçant à l’élimination de 120000 agents publics d’ici 2022.

Reste donc le dernier scénario, celui d’une augmentation de l’endettement. L’Etat sera donc financé par la dette, et la dette publique devrait atteindre 117,5% du PIB cette année (contre 98% fin 2019), avant de légèrement reculer à 116% en 2021. Pour le gouvernement, il y a un moindre mal. “La pire option pour nos finances publiques aurait été de ne pas faire de plan de relance”, a assuré Jean Castex début septembre. Pour le Premier ministre, le plan de 100 milliards d’euros doit permettre une «réactivation de l’activité [économique] «, D’où le retour de la croissance. Et qui dit croissance, dit des recettes supplémentaires pour l’Etat (via les impôts, la TVA …), un PIB en hausse, et donc mécaniquement, une baisse du ratio dette publique / PIB … si le PIB augmente plus vite que la dette.

C’est un point clé de la politique du gouvernement: redémarrer l’activité économique suffisamment forte pour «effacer» les pertes liées aux coronavirus le plus rapidement possible. Le gouvernement espère que le PIB reviendra à son niveau d’avant la crise en 2022 et que la croissance reviendra également à un taux d’avant Covid à partir de 2024, autour de 1,4% par an. «Ce scénario est assez optimiste, juge François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes et spécialiste des finances publiques. Quand on regarde les crises du passé (1973, 2008), on voit qu’elles ont toutes eu un impact sur le niveau de production et que le taux de croissance ne s’est jamais rétabli rapidement. De plus, même avec une croissance de 1,4%, l’Etat devra consentir des efforts considérables sur les dépenses publiques pour stabiliser la dette ».

Aucun risque … pour le moment

Cela signifie-t-il qu’il y a un risque avec une dette supérieure à 115% ou 120%? “Pas forcément”, poursuit François Ecalle. Le niveau auquel la dette publique devrait se stabiliser fait l’objet de débats. Le danger, quand la dette augmente trop et pendant trop longtemps, c’est qu’un État peut avoir du mal à se financer: les créanciers demanderont d’abord des taux d’intérêt très élevés, puis ils pourront refuser de prêter ». Une crise de confiance que la Grèce a particulièrement souffert il y a quelques années.

Alors faut-il s’inquiéter pour la France? «Aujourd’hui, le risque est faible, a affecté François Ecalle. La France emprunte à des taux nuls voire négatifs. Ainsi, paradoxalement, il allège partiellement le poids de sa dette. Mais ça ne durera pas forcément… ». Pour Philippe Waechter, économiste en chef d’Ostrum Asset Management, c’est surtout la comparaison avec l’Allemagne qui fait mal: «Les dernières projections du FMI montrent que l’écart de dette publique entre les deux pays est susceptible de se creuser considérablement dans les années à venir». Cependant, l’Allemagne est considérée comme un «point de référence» par les investisseurs, en particulier ceux qui achètent de la dette en euros.

Une dette trop élevée – par rapport à celle de nos voisins – pourrait conduire à une augmentation des taux d’intérêt, ce qui augmenterait les sommes à rembourser. «Le vrai risque, conclut Philippe Waechter, est celui de ne plus avoir de marge de manœuvre budgétaire en cas de nouvelle urgence, comme l’urgence climatique». Créer des marges de manœuvre, hors dette, suppose donc la réouverture du débat sur l’augmentation des impôts – ou sur la réduction des dépenses publiques. Un sujet politique hautement inflammable comme Emmanuel Macron a pu le vivre.

READ  masque entre plats, rappels… Quelles sont les nouvelles règles dans les restaurants?