Tiffany a demandé un procès accéléré contre LVMH trois jours avant le 24 novembre, date limite pour la clôture de son rachat au prix de 16,2 milliards de dollars (13,7 milliards d’euros) par le géant français du luxe. Le joaillier new-yorkais a obtenu un procès de quatre jours du juge du Delaware Joseph Slights, valable à partir du 5 janvier 2021. Avant l’expiration des autorisations des autorités de la concurrence, notamment celle des États-Unis qui arrive prévue le 3 février. Le groupe de Bernard Arnault a voulu prendre son temps et a demandé un procès en mars avril 2021.

En ces temps de Covid-19, nous avions droit à une audience téléphonique dans le Delaware sur le site Web de Courtsolutions. L’innovation rend le public accessible à tous, elle permet de savoir qui écoute – les auditeurs sont identifiés par leur nom – et surtout de bien écouter: les avocats s’efforcent d’articuler. Alors Rick Pepperman, l’avocat de Tiffany, a commencé. Il a rappelé la procrastination de LVMH, qui clôturerait l’affaire au premier semestre. Sentant le vent venir, les avocats de Tiffany avaient pré-rédigé une plainte, déposée à l’aube, après avoir appris de LVMH qu’elle n’achèterait pas Tiffany comme prévu.

Pour justifier une audience accélérée, l’avocat a invoqué les autorisations qui auraient dû être renouvelées. Il s’est plaint des termes du contrat, qui limitent l’embauche et le licenciement des hauts dirigeants, l’octroi d’actions alors que les investissements que Tiffany peut librement faire sont limités à 520 millions de dollars. Le groupe a entamé la rénovation de son flagship store sur la Cinquième Avenue à Manhattan, il doit ouvrir des magasins aux Etats-Unis et améliorer sa plateforme digitale. «Ces investissements sont essentiels aux activités de Tiffany. “

Article réservé à nos membres Lire aussi “L’acquisition de Tiffany par LVMH se transforme en fraude politico-judiciaire”

Une différence entre “devrait” et “est obligé de”

Selon Pepperman, LVMH souhaite un procès tardif, pour faire pression sur le conseil d’administration et les actionnaires de Tiffany, qui seraient contraints par tant d’incertitudes à accorder à LVMH une décote sur le prix d’acquisition. L’avocat a contesté que le cabinet ait subi un choc exceptionnel, les clauses stipulant que la comparaison devait être faite avec des entités de luxe par zone géographique – ce qui ne permettrait pas d’invoquer, à l’instar de LVMH, que Tiffany a été durement touchée en raison du son emplacement privilégié aux États-Unis. Enfin, M. Pepperman s’est plaint de ne pas l’avoir à sa disposition la lettre du ministre des Affaires étrangères, Jean-Luc Le Drian, exhortant LVMH à reporter son acquisition – les avocats de Tiffany n’ont pu la consulter que chez LVMH à Paris – et expliquant qu’elle n’avait aucune contrainte juridique: «La lettre dit« devrait »reporter. Il existe une différence fondamentale entre “devrait” et “est obligé de” [« should » et « must » en anglais].

Vous avez 23,52% de cet article à lire. Le reste est réservé aux abonnés.

READ  Du billet à l'embarquement, la reconnaissance faciale testée pour la première fois à l'aéroport pour simplifier le voyage du voyageur