Les cinémas sont fermés depuis plus de 100 jours en France pour la première fois de l’histoire. Le ministre français de la Culture a déclaré que les cinémas ne sont pas une priorité pour la réouverture alors même que la crise sanitaire de Covid-19 s’améliore. Face à l’incertitude, les cinéastes sont frustrés mais restent optimistes, le public reviendra lors de la réouverture des salles.

Ciné 104 est un cinéma du nord-est de Paris, qui fait partie de la Et ensemble réseau de cinéma. Ce cinéma local accueille un large échantillon du public et a vendu en 2019 90000 billets.

Mis à part un bref répit au cours de l’été, les cinémas sont restés sur ordre de rester fermés au public pour enrayer la propagation du coronavirus, ainsi que des restaurants, des musées et des salles de concert.

Mais le temps s’avère très long et la pression économique monte sur l’industrie culturelle.

Anne Huet était la Cinéma 104 directeur depuis 2016. Dans un entretien téléphonique avec RFI, il a expliqué le fonctionnement du Ciné 104 pendant la crise sanitaire de Covid-19.

RFI: Les cinémas en France sont fermés depuis plus de 100 jours. Le ministre français de la Culture a annoncé que les cinémas ne seraient pas une priorité pour la réouverture. Quelle est votre réaction à cela?

Anne Huet: Ce qui est très difficile, c’est que c’est la première fois que nous n’avons aucune perspective.

C’est vraiment difficile psychologiquement pour moi et pour toutes les personnes qui travaillent avec moi et pour tous les autres de ne rien savoir vraiment, d’avoir un temps infini où le cinéma est fermé.

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Il est incontestable et incontesté que nous disposons peut-être des protocoles de soins de santé les plus rigoureux et les plus stricts.

Mais ce n’est pas le problème. Ce n’est pas dans les salles, je pense que tout le monde est d’accord, que les gens sont infectés. C’est la question du flux de personnes qui se déplacent pour se rendre dans des lieux … je le sens très bien …

Dans tous les cas, au Ciné 104 nous sommes très à jour sur l’ensemble du protocole de santé.

RFI: Les cinémas et autres lieux culturels ont-ils été définis comme «non essentiels» pour les gens lors du premier bloc en France l’année dernière? Comment avez-vous réagi à cela?

AH: C’est quelque chose qui m’a frappé. Même si je suis directeur de cinéma, je suis très attaché aux mots et j’ai été immédiatement attaqué par eux, car les mots sont symboliques.

A partir du deuxième bloc et de la fermeture totale de tous les lieux de culture, il arrive que nous devenions fous! Nous ne nous soucions que de notre travail, de notre famille et de la pandémie, alors évidemment le cinéma est essentiel à nos vies, c’est notre poumon!

Une banderole «Essentielle» sur l’enseigne Ciné 104 à Pantin, une ville au nord-est de Paris. © RFI

Le cinéma est aussi l’art du plein air et de l’étranger.

Le cinéma, comparé à toutes les autres formes d’art, est le seul moyen de voyager et de voir comment les choses se passent grâce à un documentaire dans une usine en Chine, dans une famille rurale en Iran etc., qui nous en donne vraiment une compréhension très précise. .

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Et puis, tout à coup, tout s’est fermé.

Je pense que si on se sent si mal et si claustrophobe, c’est en partie parce qu’on ne peut plus voir de tableaux dans les musées ou regarder des films dans les cinémas. Il n’y a plus de concerts ou de corps qui bougent en musique ou à la salle de sport, nous sommes réduits à si peu.

Nous sommes comme des robots, nous faisons des gestes et nous savons quoi faire, mais il y a quelque chose d’étrange et de déprimant, quelque chose comme être sur le pilote automatique.

RFI: Qui est le public du Ciné 104 et quand le cinéma rouvrira-t-il?

AH: Le cinéma est un art et une industrie, mais il y a aussi un côté populaire. Le cinéma reste un art populaire et principalement ici en Seine Saint-Denis.

Nous accueillons un public extrêmement large: écoliers, très jeunes enfants, nous faisons de nombreuses projections familiales, jeunes, spectateurs, couples et personnes âgées.

Après l’été, en début d’année scolaire, nous avons invité les réalisateurs à venir parler de leurs films. On faisait le plein des rencontres qui étaient proposées, même en portant un masque au théâtre ou sur scène, les gens avaient une folle envie de discuter, de débattre.

C’est déjà notre particularité dans ce type de théâtre, mais là c’était dix fois plus grand. Les gens sont restés une heure, une heure et demie après le film pour discuter avec l’animateur ou entre eux.

C’était très fort c’est pourquoi je suis modérément inquiet de la réouverture et du retour du public, ça manque vraiment aux gens. Je pense qu’ils seront là quand il rouvrira.

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RFI: Comment fonctionne une structure fermée comme Ciné 104?

AH: Nous sommes 13 dans l’équipe et j’organise la planification du personnel de la fonction publique de petits calibres. On alterne entre travail à distance et aller au cinéma. Il y a toujours des choses à faire, il y a toujours des contrôles techniques à faire en cabine.

Cette structure est comme une maison où il y a toujours des choses à réparer et à bricoler.

Nous sommes également présents sur les réseaux sociaux pour donner des nouvelles, faire des recommandations sur les films, nous organisons des sessions virtuelles sur une plateforme appelée ‘La vingt-cinquième heure».

Notre collègue responsable du jeune public propose également des événements via Facebook, se rend dans les écoles pour présenter des films et organiser des ateliers.

Le programmeur et moi continuons à voir des films sur notre petit écran, plus dans les communiqués de presse ou dans les cinémas.

Les films continuent de nous être présentés, nous sommes donc en avance sur le jeu ici!