Précarité menstruelle: une campagne d’influence avec Nana suscite des critiques

L’instantané sur fond turquoise était sur Instagram pendant deux jours. Une jeune femme, portant une couronne de serviettes périodiques et un haut noir, tenant une liasse de faux dollars, passe d’histoire en histoire. L’essence du message réside dans les billets de banque et la couronne. Mardi, Louise, l’influenceuse derrière le compte Instagram Mon meilleur moi, invite sa communauté à partager sa photo pour la mobiliser en faveur des 1,7 million de Françaises en situation menstruelle précaire. “Les femmes qui doivent choisir chaque mois entre acheter une boîte de tampons ou manger suffisamment à la fin de la journée”, a-t-il écrit dans son message.

La règle est simple: à chaque fois que vous partagez un post ou une histoire, My Better Self s’engage, en collaboration avec la mutuelle Nutuus et la marque Nana, à offrir un coffret de protections à l’association ADSF (Agir pour la santé des femmes) connue pour les soins de santé des femmes en situation de précarité et d’exclusion.

“Lavage du féminisme”

Au milieu des millions de likes et d’actions massives, l’article met en lumière les femmes dans un insécurité menstruelle. On pourrait aussi parler de solidarité. Mais la patine du consensus autour de l’opération s’effrite rapidement. Des voix dissonantes se font entendre. Les internautes s’interrogent sur les modalités de cette opération. Doit-on demander des conseils (likes, partages) pour aider les femmes les plus défavorisées? L’opération ne sert-elle pas avant tout les intérêts immédiats de l’influenceur et de la marque Nana qui embellit son image? N’est-ce pas une pratique commerciale déguisée? De nombreuses critiques fournies et développées par des commentaires, des histoires Instagram (comme spmtamere), de câble sur Twitter. De nombreux internautes en parlent “Lavage du féminisme” et de «Glamourisation de la précarité menstruelle».

La composition douteuse de la protection périodique

D’autres remettent en question les pratiques de Nana qui vont à l’encontre du principe deémancipation féminine. En cause, le refus de l’entreprise de partager en toute transparence la composition de ces protections périodiques. Alors que des ONG comme Greenpeace oa rapport (2018) de l’Agence nationale pour la sécurité alimentaire, environnementale et professionnelle (Anses) dénonce les risques sanitaires liés aux tampons et serviettes hygiéniques. En particulier, le chlore utilisé pour blanchir les serviettes et les tampons qui contribue, selon Greenpeace, à la formation d’une substance toxique appelée dioxine. “La dioxine est l’une des substances synthétiques les plus toxiques jamais étudiées”, met en garde l’ONG. Elle peut provoquer une endométriose, une altération de la fertilité, des déséquilibres hormonaux chez la femme.

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Face à la polémique, My Better Self répond aux accusations de son récit en précisant qu’il ne s’agit pas d’un partenariat rémunéré mais d’une initiative volontaire qui n’a d’autre objectif que d’aider les femmes qui ne peuvent pas acheter de protection.

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De plus, ces dernières années, de nombreuses associations féministes ont réussi à faire des règles un véritable problème social. Fin 2015, après les manifestations contre la taxation des protections périodiques menées par le collectif féministe «Georgette Sand», le Sénat a approuvé la réduction de la TVA sur la protection de l’hygiène. Il est entré en vigueur le 1est Janvier 2016. Fin 2019, un amendement à la loi de finances consacre un budget d’un million d’euros à la lutte contre l’insécurité menstruelle. Enfin, mi-décembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, et la ministre chargée de l’égalité des chances, Elisabeth Moreno, ont annoncé la libération de 4 millions de budget supplémentaire pour la lutte contre l’insécurité menstruelle pour 2021.


Danse Fofana

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